Herval Réponses à 15 questions avec Julinda Morrow
Herval est maître dans l’art de la simplicité. Son travail est élégant et unique.
Il représente les nombreuses qualités que j’apprécie de la bande dessinée du marché européen. J’admire surtout le savoir-faire exceptionnel avecc lequel Herval s’investit dans son travail.
Il me semble evident qu’une dose régulière d’Herval influencerait considérablement l’art sequentiel nord-américain.
Une gallerie de l’art gracieux d’Herval suivra cette entrevue.
Julinda Morrow: Quelle voie vous a amené aux bandes dessinées?
Herval: Quelle voie vous a amené aux bandes dessinées?
J’ai aimé dessiner depuis mon plus jeune âge . Dès 6 ou 7 ans, j’ai dû faire mes premières bandes dessinées. Je dessinais plein d’histoires qui me passaient par la tête. J’étais beaucoup plus productif qu’aujourd’hui ! En grandissant et au moment d’entrer dans la vie active, j’ai voulu m’orienter vers l’animation. Mais, sans formation, j’ai dû trouver autre chose et j’ai finalement atterri dans une agence de publicité. J’ai continué à faire des petites BD pour le plaisir, le soir chez moi après le boulot. Et puis un jour, j’ai contacté un éditeur et je me suis lancé dans cette activité plus professionnellement, tout en gardant mon job dans la pub en parallèle.
JM: Quelles sortes d’études avez-vous faites?
H: J’aurais dû faire une école d’art, mais à l’époque, je ne savais pas encore très bien vers quel avenir m’orienter. Je me suis retrouvé en « Lettres Modernes » à la fac. Pour le dessin, je suis autodidacte.
J’ai appris comme j’ai pu, avec des livres ou en étudiant le travail des autres et surtout en dessinant beaucoup.
JM: À votre avis, qui sont les pionniers des bandes dessinées?
H: Ça c’est plutôt une question pour les historiens de la BD. Ils vous parleront des grottes de Lascaux ou de Rodolphe Töpffer. Pour ma part, la bande-dessinée qui m’intéresse commence dans les années 1910, avec des artistes comme Winsor McCay ou Hergé dans les années 30.
JM: Quelle est votre définition de bandes dessinées?
H: Je crois que c’est une sorte d’hybride, ou disons un « pont » entre l’art pictural et la littérature. Par rapport au dessin ou à la peinture, la BD permet de faire intervenir la notion du temps. Celui qu’il y a entre 2 cases que l’on juxtapose. C’est ce qui lui donne cette façon spécifique de raconter des histoires.
JM: Est-ce que les bandes dessinées vous offrent un nombre de possibilités illimité pour raconter des histoires, ou vous trouvez-vous restreint par le format?
H: Non la BD a bien sûr des limites. Il n’y a pas de son, pas de musique ou de mouvement, par exemple. Sinon ça s’appelerait du cinéma ! Mais ce sont justement ses limites qui sont intéressantes. Il s’agit d’un jeu avec le lecteur. On donne une direction, des informations avec les dessins, le texte. Mais c’est le lecteur qui finalement complète, interprète et disons même « crée » l’histoire . Libre à lui de s’imaginer du mouvement, une musique qui va avec, ou une histoire « entre les lignes » dans ce qui n’est pas montré.
On est souvent déçu par l’adaptation au cinéma d’un livre qu’on a aimé. C’est parce que le livre, par ses limitations, donne beaucoup plus d’espace à l’imagination. Pour moi, c’est aussi là que réside le charme et la force d’une BD.
JM: Quelles qualités ou ressources estimez-vous importantes pour un écrivain de bandes dessinées?
H. Il faut aimer ça au-delà du raisonnable. Faire une BD ça peut demander beaucoup de travail et se révéler épuisant. Pour tenir la distance, il faut faire ce métier avec plaisir, passion et persévérance.
Et pour en vivre, être assez productif !
JM: Quelle est votre approche quant à votre processus de travail?
H: Jusqu’à présent, j’ai choisi de travailler avec des scénaristes. Ça me permet de me concentrer sur ce qui m’amuse le plus : le dessin, la mise en scène, les décors les costumes, le jeu des personnages… Concrètement, le scénariste m’envoie un découpage de son histoire, page par page. A partir de là, je commence par faire une mise en place, un sketch de ma page au format d’impression, voire plus petit. Puis, j’agrandis ça à la photocopieuse pour faire un crayonné plus précis en ajoutant les détails. Ensuite, je n’encre pas, mais je fais une dernière mise au propre au crayon , à la table lumineuse.
Pour finir, je scanne et je mets en couleurs sur Photoshop.
JM: Combien d’heures par jour travaillez-vous? Vos journées sont-elles toutes également fructueuses?
H: J’ai un job de roughman dans une agence de pub qui me prend 4 heures par jour, voire plus. Ensuite je rentre chez moi et je travaille sur mes BD pendant 5 ou 6 heures. Parfois moins, souvent plus. J’y passe également l’essentiel de mes week-end.
Les journées ne sont pas toujours fructueuses en termes de production, car il arrive de passer des heures sur un détail, à chercher de la documentation ou travailler un dessin plus compliqué que les autres.
Au moins, en travaillant avec un scénariste, je n’ai pas l’angoisse de la page blanche. Je sais ce que j’ai à faire, je dois seulement trouver le meilleur moyen de le faire.
JM: Avez-vous éprouvé des difficultés à trouver du travail assez payant, au tout début de votre carriere?
H: En travaillant d’abord dans la pub , j’ai pu m’assurer une certaine sécurité de l’emploi qui m’a permis de faire de la BD avec une plus grande liberté. Si je n’avais pas eu cet autre travail à côté, je n’aurais jamais pu vivre avec ce que m’a rapporté mon premier album, par exemple. Ça s’est beaucoup arrangé en travaillant pour de plus grands éditeurs, mais à moins de rencontrer un énorme succès, il ne faut pas s’attendre non plus à faire fortune avec ce métier.
JM: Quelle a été votre expérience professionnelle la plus valable?
H: Travailler avec des grands professionnels comme Erroc, Yann ou Crisse, des gens que j’admire, c’est vraiment une chance et un plaisir. J’ai évidemment appris beaucoup de choses sur la BD à leur contact.
Pour le dessin en général, il me semble que mon expérience dans la pub m’a appris une certaine efficacité et surtout, à respecter des délais une fois qu’ils ont été fixés.
JM: Quelles sont vos sources d’inspiration?
H: Je pense que j’étais très sélectif quand j’étais plus jeune:
Ça c’est bien, ça c’est nul. J’aime/ j’aime pas…
Maintenant, heureusement, mon champ d’inspiration s’est élargi!
Tout peut se révéler intéressant, même des trucs apparemment nuls!
JM: Quelle est votre opinion sur les bandes dessinées numériques?
H: C’est la bande-dessinée qui évolue avec son temps. Ça me semble plutôt naturel et bénéfique. Ça représente surtout un moyen de diffusion encore plus large et plus accessible que celui du livre. Aujourd’hui, n’importe qui peut faire une BD et la publier sur son blog. Je suis un peu moins convaincu par les tentatives d’« animer » la lecture d’une BD en ligne. Comme faire apparaître les cases au fur et à mesure, ou les bulles, faire des travellings dans une image, etc. Pour moi, ça devient autre chose. ça n’est pas dénué d’intérêt, mais ça reste une sorte d’hybride un peu malheureux entre BD et cinéma/animation.
JM: Quels changements apporteriez-vous à l’industrie ou au marché?
H: Aucune idée. Je regrette simplement que le marché se soit sensiblement durci pour les auteurs. Il y a une telle offre aujourd’hui qu’il faut un succès immédiat pour être soutenu.
Les éditeurs ne parient plus sur le long terme… ou même sur le moyen terme!
JM: Si vous pouviez choisir un mentor n’importe l’époque ou l’endroit dans le monde, qui serait-ce?
H: Je garde toujours un certain complexe et en même temps une certaine fierté d’être un autodidacte. J’aurais bien sûr rêvé d’apprendre avec un maître comme Moebius. Mais il vient hélas de nous quitter, et de toute façon, je n’ai jamais tenté de l’approcher.
JM: Quelles sont vos ambitions creatives?
H: Je n’ai que très peu d’albums à mon actif. J’espère avoir l’occasion d’en faire beaucoup d’autres. D’ailleurs je suis encore trop préoccupé par des problèmes de dessin, par la technique, quand je travaille sur une page de BD. J’espère que j’arriverai à m’en affranchir suffisamment pour me concentrer davantage sur la narration et l’expression.
Sequential Highway










